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à l'abri dans Weld Harbour

  • Un boeuf musqué

Nous avons visité les abords de la baie. Nous devons être vigilants lorsque nous partons nous promener. Ici, la brume peut tomber en quelques minutes, il vaut mieux emporter le GPS portable du bord qui donne à tout moment la direction où se trouve le bateau.

Nous avons rencontré un troupeau d'une dizaine de boeufs musqués. Ces cousins de la chèvre des montagnes ont l'allure de petits bisons. Ils se nourrissent de la végétation très basse qui pousse difficilement sur le sol recouvert de pierres éclatées par le gel. Nous les avons admirés à une cinquantaine de mètres tandis que le mâle dominant nous observait avec attention. Lorsque nous avons voulu nous approcher davantage, le troupeau s'est rassemblé autour des plus jeunes et le groupe est devenu menaçant. Nous avons préféré nous éloigner avant qu'un boeuf musqué ne nous charge ! Au retour, nous avons eu la surprise de voir aussi plusieurs lièvres arctiques. Ils se sont sauvés en quelques bonds. Pourtant, ils ont rarement l'occasion de voir des êtres humains.

Demain, nous retournons sur la crête pour voir l'état des glaces dans le Détroit de Franklin.


Vagabond joue les brises-glaces

  • Vagabond dans le pack

L'ours polaire que nous avons vu sur le pack n'est pas venu nous rendre visite. Au petit matin, il avait repris sa promenade sur la glace et s'était éloigné. Bien qu'une rencontre avec un ours polaire soit dangereuse, nous aurions aimé l'observer de plus près, bien au chaud à travers les grandes fenêtres du carré de Vagabond...

Depuis 4 jours, nous attendions un vent d'est qui éloignerait les glaces de la côte et nous permettrait d'avancer vers le Nord. Dériver dans le pack peut devenir dangereux si une tempête se lève, le bateau peut être écrasé sous la pression des glaces. Il y avait toujours quelqu'un de quart pour veiller et nous faisions très attention à la météo (nous la recevons par radio sur des cartes lues par l'ordinateur portable du bord). Heureusement, aucun fort coup de vent n'est arrivé. De temps en temps, à chaque changement de marée, le pack devenait moins dense et nous pouvions avancer péniblement avec les moteurs, et en s'écartant des blocs de glaces avec de grandes perches. Nous n'allions jamais bien loin...

Au fil des jours, notre situation devenait délicate: un courant s'opposait à notre progression et nous avait beaucoup éloigné de la côte, nous risquions d'être pris définitivement dans les glaces. Eric a décidé de forcer le passage vers la côte en utilisant Vagabond comme un brise-glace. Moteurs en marche, le bateau montait sur les plaques gelées qui parfois se disloquaient sous son poids. Il fallait ensuite s'écarter avec les perches des morceaux de glace qui menaçaient les côtés de la coque. Nous n'avancions pas vite, le travail avec les perches était fatiguant. Heureusement, au bout de deux heures, nous avons réussi à rejoindre la côte. Encore quelques glaces à éviter et Vagabond rejoignait Norwegian Blue dans une petite baie abritée appelée Weld Harbour. Nous allons y attendre ensemble que la situation des glaces soit meilleure pour faire route vers le nord.


Un ours !

  • Ours

Eric, le capitaine, a profité de l'arrêt forcé pour plonger sous Vagabond (avec une combinaison spéciale) et vérifier que les rudes chocs subis depuis 3 jours n'ont pas abîmé la coque et les hélices. Vagabond a beau avoir été construit pour naviguer dans les glaces, il y a des limites à tout. France, en combinaison de survie l'a aidé à s'équiper et à pousser les plaques de glaces avec une perche pour avoir de l'eau libre. Les gants d'Eric ne sont pas suffisamment chauds et il n'a pas pu rester très longtemps dans l'eau.

  • Ours

Alors que Eric se préparait à plonger, Gérard a aperçu un ours polaire. L’ours est resté à bonne distance mais ce soir les odeurs de cuisine l’ont fait se rapprocher. Il fallait des jumelles pour le voir cet après midi, ce soir nous pouvons l’observer à l’œil nu. Nous pensons qu’il est au moins aussi curieux que nous. Lorsqu’il regarde Vagabond, on voit très bien son nez et ses petits yeux noirs qui contrastent avec son pelage blanc un peu jaunâtre.

Peut-être viendra-t-il nous rendre visite cette nuit ?


Vagabond fait route vers le Nord

Nous avons quitté Gjoa Haven le 30 août pour remonter vers le nord entre l'île du Roi Guillaume et la péninsule de Boothia. C'était la première fois que je naviguais sur Vagabond. J'avais hâte de voir de la glace et j’allais être servie : nous recevons par radio des cartes indiquant la position des glaces et la dernière en date indiquait que le pack se trouvait à environ 70° de latitude Nord. Nous étions déjà par 68°30'Nord… (Le pack est une vaste étendue de glaces flottantes où l’on ne peut pas naviguer)

La navigation à bord de Vagabond est très agréable, on peut barrer (conduire) au chaud à l'intérieur du bateau. La température de l'air était de 5°, celle de l'eau de 4°. Nous avions mis les voiles et allumé les moteurs car il n'y avait pas beaucoup de vent.

Après 24 heures de navigation, nous avons commencé à voir des growlers (blocs de glace) et j’ai pris en photo mon tout premier « glaçon ». Par rapport à aujourd'hui, je réalise que ce n’était vraiment pas grand chose !


L'arrivée du bateau ravitailleur

Une grande barge (grand bateau à fond plat poussé par un remorqueur) est arrivée dans le village. C'est un évènement exceptionnel car il ne se produit que 2 fois par an, en été. La barge apporte tout ce dont le village a besoin pour une année : de la nourriture, des bateaux, des voitures, du matériel de construction pour les maisons... Dans la barge, il y a beaucoup plus de place que dans un avion et cela coûte moins cher. Une autre barge devrait arriver en septembre avant l'hiver. Après la mer sera gelée et ce sera impossible de naviguer !

Je suis retournée à l'école de Gjoa Haven. Les enfants m'ont donné des dessins expliquant la vie quotidienne dans le Grand Nord : la chasse, la pêche, les modes de locomotion. Nous avons joué à des jeux traditionnels, les enfants m'ont montré comment réaliser des figures à l'aide d'une ficelle qu'on tire entre ses doigts. Ensuite j'ai appris comment sauter à la corde à la manière inuit. Je n'ai pas réussi le jeu de ficelle mais j'ai su sauter à la corde !


Ma rentree a l'ecole de Gjoa Haven

  • L'ecole de Gjoa Haven

Cela fait maintenant cinq jours que je suis arrivée à Gjoa Haven et j'ai rencontré beaucoup de monde. J'ai demandé à Martin, l'agent de police du village de me parler de la vie dand le grand Nord et je l'ai enregistré pour vous car il parle français (il est québécois d'origine).

Je suis aussi allée à l'école primaire pour y renconter les maîtres. Aujourd'hui, je suis allée avec France et Eric parler de Vagabond dans les classes de CM1 et CM2 car les enfants voulaient savoir d'où venait le bateau. Nous leur avons aussi parlé de la France et je leur ai montré les dessins que les enfants bretons m'avaient donné avant de partir. Ici, il n'y a pas d'arbre, de vache, de cochon... mais il y a plein d'autres animaux et d'autres choses intéressantes. Les enfants de Gjoa Haven vont aussi essayer de me donner des dessins que je rapporterai en Bretagne. Demain, jeudi 28 août, je retourne à l'école chercher ce que les enfants ont préparé. Nous allons peut-être bientôt pouvoir partir car, en lisant les cartes que nous recevons par internet, on voit qu'il y a moins de glaces sur notre ro


Vagabond arrive !

J'ai passé 2 jours à bord de "Norwegian Blue. Le 25 août, un surprise nous attendait au réveil: Vagabond était bien là, juste à côté de nous dans la baie. C'est ainsi que j'ai retrouvé Eric et France et que j'ai fait connaissance avec le reste de l'équipage: Gérard, qui a longtemps vécu avec les Inuit du Canada et du Groenland, Jacques et Pierre qui réalisent un film sur le Passage du Nord-ouest. A bord il y aura aussi Christophe qui a fait le voyage avec moi depuis la France. Quand à Matthieu et Catherine, ils quittaient le bateau pour prendre l'avion. Nous serons donc 7 à bord.

Sur le site internet de Vagabond, vous pourrez lire toutes les aventures du bateau de Béring jusqu'à Gjoa Haven. Ca n'a pas été facile de naviguer jusqu'ici !

Eric nous a expliqué que nous allions rester plusieurs jours ici : il y a trop de glace dans le Nord pour pouvoir naviguer. Il faut se rendre à l'évidence, pour l'instant, le Passage du Nord-ouest est bouché...


Je découvre Gjoa Haven

  • Gjoa Haven

Le 23 août, j'ai pris l'avion pour Gjoa Haven. Avant l'atterissage, j'ai cru apercevoir Vagabond dans le port. J'étais contente de retrouver mes amis France et Eric et de rencontrer enfin les autres membres de l'équipage. Quand je suis sortie de l'avion, il n'y avait pas de neige ni de glace mais il faisait tellement froid que j'ai vite mis mon bonnet, mon anorak et un collant sous mon pantalon : bienvenue dans le Grand Nord ! J'ai marché jusqu'au village avec mes bagages et j'ai réalisé que Vagabond n'était pas encore arrivé : il y avait bien un voilier dans le port mais il était vert. Les rendez-vous dans l'Arctique ne sont pas aussi précis que chez nous... Dans le village, il n'y a qu'un seul hôtel, j'y ai posé mes bagages et je suis allée me promener.

Gjoa Haven est un petit village d'un millier d'habitants auquel on ne peut accéder que par avion ou bateau. Aucune route n'y mène. Pourtant on voit quelques voitures qui permettent de se déplacer dans le village et surtout des quads, sortes de motos tout-terrains à quatre roues. Devant chaque maison, un traîneau attend l'hiver et le retour de la neige. Ce sont les chiens huskies attachés un peu partout dans le village qui les tireront. Il y a aussi beaucoup de motoneiges. Ce sont des sortes de scooters montés sur des skis.

Les maisons sont en bois, grises, vertes, marrons ou rouges, surrélevées d'un mètre pour que la porte ne soit pas couverte de neige en hiver. Il n'y a pas de rues, les maisons sont éparpillées un peu partout, à quelques mètres les unes des autres. De toutes façons, ici il n'y a pas d'arbres, juste du sable, des cailloux et des plaques d'herbes jaunes. C'est très étrange et très beau, le paysage a un goût de bout du monde...

Comme c'était samedi, les enfants se promenaient partout, ils venaient me demander mon nom. Ici, tout le monde parle anglais, moi aussi, ça tombe bien car je ne connais pas l'inuktitut, la langue traditionelle inuit.

C'est alors que j'ai rencontré des gens en cirés bariolés sur la plage. Woody, Zoé et Andrew sont arrivés à Gjoa Haven sur le voilier vert, mouillé dans le port, ils sont anglais et font aussi le passage du Nord-Ouest. Ils parlent tous les jours avec Vagabond par radio BLU et ils m'ont proposé gentillement de dormir à bord en attendant Eric et France.


Le voyage au Canada pour retrouver Vagabond

J'ai pris l'avion avec mon ami Christophe à Paris le 9 août à 9h30 et nous sommes arrivés dans la ville de Québec à 12h30. Nous avons passé 9h dans l'avion mais il y a un décalage horaire de 6 heures entre Paris et Québec. Ma première journée au Canada a donc duré près de 36 heures!

Ensuite j'ai visité la province de Québec pendant 10 jours avant de prendre l'avion à Montréal pour Edmonton, puis le bus pour Yellowknife. En 22 heures de bus, j'ai réalisé combien le Canada était grand et peu habité. Nous avons roulé pendant des heures sans voir de village sur une route bordée de sapins et de lacs!

A Yellowknife, il faisait plus frais qu'au Québec mais je n'ai pas vraiment eu froid bien que nous dormions sous la tente. J'ai visité le Centre du Patrimoine septentrional Prince de Galles et j'y ai rencontré des scientifiques qui m'ont expliqué la vie traditionnelle dans les environs de Yellowknife. Avant l'arrivée des hommes blancs, les Inuit et les indiens Dénés en étaient les seuls habitants. J'ai appris à mettre des raquettes que les Dénés utilisaient pour marcher sur la neige, et j'ai joué avec des jeux traditionnels inuit. Wendy et Barbara m'en ont confiés quelques-uns pour les rapporter en France et vous les montrer. Barbara m'a dit que vous pouviez lui écrire par Emails si vous aviez des questions. Elle parle très bien français.


Provideniya, Tchoukotka, mer de Bering

Provideniya, Tchoukotka, mer de Bering, 3 septembre 2002,

Apres avoir parcouru 6 380 miles depuis Saint-Quay-Portrieux (11 820 km), dont 3 770 miles depuis Mourmansk (6 980 km), Vagabond et son equipe ont reussi le passage du Nord-Est en franchissant le detroit de Bering le 31 aout (dans le brouillard...). Champagne ! Nous avons atteint Provideniya le 2 septembre, port cree par les sovietiques pour controler les bateaux empruntant la Route du Nord, marquant notre arrivee administrative.

En quittant Tiksi le 19 aout, d'apres les informations recues a bord, nous nous attendons a rencontrer une grande quantite de glaces derivantes. Seuls un ou deux phoques, de frequents bancs de brume, un bon vent de Sud-Ouest et une mer agitee agrementent notre traversee de la mer de Siberie Orientale. Le 25 aout, Vagabond s'engage dans le detroit de de Long, du nom du commandant de la Jeannette, navire americain qui tenta d'atteindre le pole Nord en 1879, et qui fut ecrase par les glaces apres 22 mois de derive (les debris retrouves au Groenland inspirerent alors Nansen pour refaire cette derive a travers l'Arctique avec le Fram).

Le barometre chute de 50 millibars, la houle devient grosse, Vagabond surfe parfois a plus de 9 noeuds, evitant de justesse quelques gros morses et leurs petits, plus a l'aise que nous dans les vagues. Soudain, alors que la nuit tombe, des glaces apparaissent autour du voilier. Le danger est grand, il faut distinguer a temps et contourner aussitot chaque bloc de glace, chaque zone de pack. Le vent et la houle nous entrainent a bonne allure, il est impossible de ralentir au risque de ne plus etre manoeuvrant. Pour une vigilance maximale, France, Gerard et moi nous relayons toutes les trente minutes a la barre, jusqu'a ce que la lumiere du jour soit a nouveau suffisante pour anticiper sereinement notre trajectoire. Boris, ancien pilote de la Route du Nord, veille lui aussi, mais sa vue n'est pas la plus fiable et il a certainement bien merite sa retraite. Son role principal reste les liaisons radios avec les autres bateaux ou les autorites, puisqu'il est le seul a bord a parler le russe.

Vagabond passe l'antimeridien le 27 aout, au niveau de l'ile Wrangel que le gros temps et les glaces ecartent malheureusement de notre route, et se rapproche de la Bretagne desormais. La mer des Tchouktches nous accueille magnifiquement : une meteo splendide, un littoral montagneux, quelques souffles de baleines et surtout, un ours polaire qui nage longtemps devant l'étrave. Peu apres, alors que nous traversons une zone de glaces eparses, nous rencontrons encore plusieurs ours blancs qui dorment ca et la sur la banquise, ou bien courent sur la glace, plongent, nagent, remontent sur la plaque de banquise suivante. Cette journee est inoubliable.

A moins de 200 km du detroit de Bering, nous faisons escale au lieu d'hivernage de la Vega, ou Nordenskjold dut attendre 10 mois avant de reussir le premier franchissement du passage du Nord-Est en 1878-79. Nous y trouvons les restes d'anciens campements tchouktches, et y dressons notre cairn. Au village de Nieshkan, nous sommes parmi les premiers etrangers a debarquer et Vagabond attire beaucoup de curieux ; les villageois nous offrent de delicieuses camarines et airelles, et nous fournissent de la viande de renne. Le lendemain, juste avant d'entrer dans l'ocean Pacifique, au village de Ouelen, non seulement Boris, mais aussi les gardes-cotes nous font bien comprendre que nous ne pouvons pas descendre a terre ; nous negocions une breve escapade malgre tout, et par pure coincidence, nous y rencontrons un francais qui tourne son troisieme film sur les chasseurs de morses et les habitants de Ouelen, pour la meme chaine de television que Vagabond (le film de notre expedition est prevu pour le printemps 2003).

Le passage du Nord-Est est franchi quelques heures apres avoir passe le cercle polaire, un mois apres avoir quitte Mourmansk. Victoire ! Puis en passant le cap Dezhnev (detroit de Bering), nous recevons les felicitations du chef des operations marines de la Compagnie de Navigation de Mourmansk. Ce message officiel a d'autant plus d'importance pour moi que la partie administrative fut sans aucun doute la plus difficile et la plus fastidieuse, et que les autorisations ont finalement ete obtenues dans les regles de l'art, sans l'aide d'un organisme exterieur, sans la moindre corruption. Comme pour celebrer la reussite de l'expedition preparee depuis 3 ans, la mer est calme et un groupe de baleines se laisse approcher en mer de Bering... Une derniere, magnifique, vient nous saluer alors que nous jetons l'ancre devant Provideniya.

Vagabond devient le premier voilier a franchir le passage du Nord-Est sans hiverner, le premier voilier etranger a le reussir depuis l'epoque sovietique, et le premier voilier a avoir realise les deux passages, Nord-Ouest (1988) et Nord-Est (2002).

"Enfin, il etait atteint, ce but poursuivi par tant de nations, depuis que sir High Willougby quitta le port de Greenwich, le 20 mai 1553, au bruit du canon et des hourras des matelots en grande tenue. Apres 326 ans, et lorsque la plupart des hommes competents avaient declare l'entreprise impossible, le passage du Nord-Est etait enfin realise, sans perte d'homme, sans dommage au navire." (discours de Nordenskjold, 1er mars 1880)

Vagabond se prepare a hiverner dans le Pacifique Nord, a suivre...

En attendant, n'oubliez pas de consulter notre site www.vagabond.fr et les photos de l'expedition.

A bientot,

Eric Brossier