Mission banquise en Terre Adélie

  • Eric et Gerard retrouvailles devant L Astrolabe
  • Colonie de manchots Adelie et base DDU

Dans un premier temps, je dois vérifier l'état de la banquise dans les environs du navire. Quelle bonne surprise de voir alors arriver Gérard Guérin, en hélico depuis la base de Dumont d'Urville où il est arrivé en avion il y a quelques jours. Expert à la tronçonneuse, il vient assister l'amarrage du brise-glace. Et nous voilà tous les deux mandatés par l'IPEV pour contribuer à la bonne installation du gros bateau rouge contre la banquise : un joli clin d'oeil à notre long périple autour de l'Arctique, à bord de Vagabond, en 2002-2003. J'arpente la région pendant 8 jours, entre le bord de la banquise, où l'Astrolabe est amarré, et la base de Dumont d'Urville, distante de 50 km. La proximité avec les manchots et les phoques est incroyable. Ici, pas d'ours ni de renard. Pas de prédateur. La banquise est parfaite, solide, épaisse, bien enneigée, et plane (ni hummock ni sastrugi). Rien de tel que d'arriver en motoneige à DDU pour avoir une bonne idée de l'immensité. Je complète les mesures dans les environs de la base, jusqu'au rocher du débarquement, où Jules Dumont d'Urville a pris possession de la Terre Adélie, en 1840. Le 24 novembre, le ballet des convois de fioul et des hélicos est terminé, tout a été débarqué, L'Astrolabe reprend la mer. L'arrivée à Hobart le 1er décembre marque la fin de R0 (première rotation). Je retrouve ma famille à Ambato (en Equateur), juste à temps pour ressentir le tremblement de terre du dimanche 3 décembre à 6h19 du matin, de magnitude 6.2, dont l'épicentre se trouve à quelques centaines de kilomètres de la maison !

Pour en savoir plus:

Voir l'album photo du périple.

Récit de Serge Fuster, chef de district (mission TA67), à lire sur le blog officiel : Un transfert d'enfer.

Très bel accueil à Dumont d'Urville.

Des plis philatéliques, imaginés par Eric Sengler, le gérant postal de la base française (TA67).

Voir ici la position du navire en direct.

Mission en Equateur.


Première rotation du nouvel Astrolabe

  • Mesures epaisseur banquise devant L Astrolabe
  • Eric et manchot Adelie

Me voilà de retour sur la banquise, en Antarctique cette fois. Le bateau rouge est amarré en bordure de glace. Nous faisons d'abord une reco en hélico, avec le chef de mission. Puis je termine les préparatifs de la motoneige, du traineau, et du "glaciomètre" (EM31), utilisés pour mesurer l'épaisseur de la banquise. Ma mission est de valider l'itinéraire pour rejoindre la base de Dumont D'Urville, comme en 2014. 50km à parcourir sur la mer solidement gelée. Objectif : 4 à 500 mètres cubes de fioul à décharger, la moitié de ce qui est nécessaire pour le fonctionnement des programmes français en Antarctique. Le reste sera livré lors des prochaines rotation du navire, avant mars 2018 (début de l'hiver). Il y a urgence, les stocks des bases s'épuisent en cette fin d'hivernage, et les conditions de la saison estivale précédente n'ont permis d'assurer qu'un maigre ravitaillement.

Le 14 septembre 2017, le nouvel Astrolabe a été livré à la Marine Nationale. Le brise-glace rouge sera désormais basé à la Réunion pour assurer le ravitaillement des bases antarctiques françaises en été (Dumont D'Urville et Concordia), et patrouiller dans les eaux des terres australes en hiver (Kerguelen, Crozet, Saint-Paul et Amsterdam, Eparses). Il remplace ainsi l'ancien Astrolabe et l'Albatros (à bord duquel j'étais revenu de Kerguelen en janvier 1995).

3 novembre : lourdement chargé de fioul et de matériel, le patrouilleur polaire quitte Hobart, en Tasmanie, pour la Terre Adélie. Poids du navire en charge : plus de 4000 tonnes. A son bord, 21 marins et 43 passagers, embarqués pour la toute première rotation. Une première pour la Marine Nationale également, dont aucun bateau n'a pas été au sud du 60ème parallèle depuis 65 ans.

7 novembre : escale à l'île Macquarie pour débarquer une dizaine de scientifiques australiens. La mer a été forte, équipage et passagers ont été bien secoués, c'est l'occasion de souffler quelques heures à l'abri de l'île. Un gros mâle éléphant de mer s'approche, 3 orques nous accompagnent, et les albatros sont fidèles.

9 novembre : arrivée dans le pack, premier contact avec la glace pour le nouvel Astrolabe, conçu pour briser 80cm (classe IB5). 4 moteurs pour 9200CV au total.

13 novembre : L'Astrolabe atteint le bord de la banquise, à 60km de la base. Nous sommes accueillis par orques et manchots ! Le mauvais temps suspend les opérations.

14 novembre : l'un des hélicoptères est sorti, vol test, mini reconnaissance, photos aériennes, rien de plus en attendant une meilleure fenêtre météo... nous avons tous hâte de débarquer et de nous activer !

16 novembre : météo favorable ! Une douzaine de vols permettent aux hélicoptères d'apporter le courrier (54 sacs!) et quelques produits frais à la base (isolée depuis mars 2017), puis d'acheminer onze nouveaux hivernants et campagnards d'été, scientifiques et techniciens. Côté navire, début des opérations de ravitaillement de la rotation R0 de la saison 2017-2018. Les habitués des campagnes d'été de l'IPEV (Institut Polaire Français) apprennent peu à peu à travailler avec la Marine Nationale, sous les regards curieux des manchots. Et c'est parti pour la mission banquise !

A lire à propos de l'ancien Astrolabe : L'Astrolabe, le passeur de l'Antarctique, de Daphnée Buiron et Stéphane Dugast chez E/P/A.


La marraine de Vagabond est partie

France garde le souvenir merveilleux de la femme énergique éprise comme nous de l'Arctique, jusqu'à aller braver avec sa fille Sabrina et son chat Pungo ses rêves de liberté. C'était une maman incroyable !

J'aime raconter sa rencontre dans le passage du nord-ouest avec nos amis russes communs, l'équipage d'Apostle Andrey, pour qui les femmes et les chats noirs portent malchance à bord d'un bateau. Elle en a bluffé plus d'un !

Nous sommes tristes avec tous ceux qui ont admiré l'audace et l'enthousiasme de Mic pour vivre ses rêves, et pour les partager. Marraine Mic, c'est ainsi qu'elle se présentait à nous, j'étais fier ! Elle prenait son rôle très au sérieux !

Je n'oublierai jamais son accueil à Saint-Quay-Portrieux le 13 octobre 2003, lorsque nous revenions du tour de l'Arctique. Elle venait vers nous à bord de son voilier Nuage, quelle émotion.

Plus tard, j'ai aimé faire écouter à nos filles ses chansons écrites pour sa famille embarquée sur un voilier, "Pour aller en Amérique, il faut traverser l'océan...".

Son livre Alaska Dream est toujours à bord de Vagabond, indispensable.

Avant de larguer les amarres, à 42 ans, Michèle Demai était une célèbre speakerine de télévision.