Isbukta

Escale tranquille dans une baie magnifique, au sud-est du Spitsberg, Isbukta. Nous avons pu quitter notre site d'hivernage mercredi soir, et sommes en route pour Longyearbyen. Retour en ville prévu dimanche ou lundi... En chemin, quelques relevés bathymétriques depuis le bateau, là où nous étions venus en motoneige ou en hélico pendant l'hiver, ainsi qu'une plongée à la recherche d'un marégraphe. Superbe plongée mais pas de trace de l'instrument installé par l'équipe d'Antarctica il y a 10 ans.


7 ours

La voie est presque libre. Les températures positives et les marées ont grignoté notre banquise, il ne reste plus que quelques grandes plaques de glace dont celle qui retient encore Vagabond. Même notre site de baignade du week-end dernier est parti ! Les phoques sont de plus en plus curieux, n'hésitent plus à s'approcher de nous, et attirent les ours. 7 au total aujourd'hui, dont nous avons pu admirer les différentes techniques de chasse tout au long de la journée. L'affût, la course, l'apnée, efforts peu fructueux malgré la grande quantité de phoques rassemblés ici. Dans quelques jours, il n'y aura plus de glace du tout, et les ours devront aller chercher leur nourriture bien plus loin. Quand à nous, le rangement s'accélère, il faut transformer notre refuge en bateau à nouveau, tout attacher, tout vérifier, et récupérer tout ce qui se trouve sur la banquise ou sur la plage. L'eau est devenue si trouble (ruissellements de la moraine), la chaîne étant si enfouie dans la vase, que mes 2 dernières plongées pour récupérer l'ancre furent vaines. Les moteurs bien lancés ne nous permettent pas encore de bouger, mais nous savons maintenant que le départ est imminent. Les chiens ne se doutent pas de ce qui les attend...


Phoques

Après nous avoir tenu compagnie pendant près de 3 semaines, Lucas et Nicolas sont repartis hier, ne pouvant pas attendre plus longtemps la libération de Vagabond. Ils espèrent rejoindre Svea, la civilisation la plus proche, en moins de 3 jours, si les bédières et les rivières ne sont pas trop difficiles à franchir. France et moi sommes donc seuls à bord à nouveau, à moins de 2 km de l'eau libre... Des dizaines de phoques se sont installés sur la banquise qui nous entoure encore, et nous observons de temps en temps un ours venant chasser, nous rendant parfois une petite visite en passant. Les chiens aussi sont curieux et, sans se soucier des flaques que nous traversons allègrement, nous entraînent à toute allure vers l'un ou l'autre de ces pinnipèdes. Jin et Frost semblent alors drôlement désemparés de le voir disparaître avant de l'atteindre !


Courrier hélitreuillé

Le Super Puma du gouverneur de l'archipel du Svalbard nous a apporté le courrier ! L'équipe en a profité pour faire un entraînement d'hélitreuillage, l'opération fascinante a duré près d'une demi-heure. C'est donc un secouriste, superbe dans sa combinaison étanche rouge sur fond bleu, qui est descendu du ciel pour nous remettre 2 colis (le précédent facteur remonte au mois de mai). Il est reparti avec quelques lettres à poster, et un peu de matériel superflu pour Lucas et Nicolas, qui devront certainement faire le trajet retour à pied, la débâcle étant plus tardive que prévue. Les 50 nœuds de vent de la nuit précédente ont toutefois dégagé l'entrée de la baie d'Inglefield, et il ne reste 'plus' que 3km de banquise entre la mer libre et Vagabond... Pour couronner cette journée animée, un gros ours est venu nous rendre visite hier soir, Frost a bien rempli son rôle en nous alertant à temps, et un seul pétard a suffit pour freiner sa curiosité ! Cela fait aujourd'hui 9 mois que Vagabond a quitté la civilisation.


Grillades

Malgré le vent frais qui souffle depuis 2 jours, nous n'avons pas résisté hier soir à faire un feu sur notre petit bout de plage, à 200 m de Vagabond. Bien installés sur un gros tronc d'arbre échoué venant de Sibérie, ou assis sur une vertèbre de baleine, entourés par la banquise, c'était un plaisir de faire griller quelques côtelettes locales et du pain frais. Il était encore tôt ce matin quand un ours est venu visiter notre petit territoire. Comme d'habitude, c'est Frost qui nous a alerté, Jin restant blotti tout au fond de sa niche. 2 pétards et 4 fusées ont fini par faire partir le curieux. Quand à la banquise, elle fait toujours 1m30 d'épaisseur dans les environs du bateau, comme il y a 2 mois !


Plage et banquise

Après une semaine de mauvais temps (températures autour de zéro, chutes de neige et de pluie), le soleil chauffe à nouveau. Le sol se découvre de plus en plus, et il est maintenant possible de faire quelques pas sur la plage, où algues, vertèbres de baleines et troncs d'arbres échoués réapparaissent. Quel plaisir de marcher sans ski ni raquette ! De plus en plus de flaques et de mares d'eau envahissent la banquise, toujours solide autour de nous. C'est donc les pieds trempés sur nos skis que nous avons tenté de nous approcher de l'eau libre, à 9 km de Vagabond, attirés par le doux bruit du ressac ; mais quelques fractures nous ont dissuadé d'aller jusqu'au bord de l'eau. Si l'épaisseur de la banquise n'a perdu que 4 cm en 1 mois, presque toute la neige a fondu et s'est écoulée par les fractures et par les trous de phoque. La glace s'en retrouve considérablement allégée, elle est remontée de 15 cm (mesure du franc bord). Un relevé hydrographique nous a aussi permis d'observer la rapide évolution de la température et de la salinité de la mer, très variables entre la surface et le fond (95m). Beaucoup de phoques et d'oiseaux, qui n'ont pas l'air pressés de voir leur banquise préférée partir à la dérive...