Blog

Vie de contrastes

  • Equipage Vagabond a Arctic Bay
  • Minuit baie Talbot 25 aout

Comment décrire les contrastes que nous ont offert les missions de cet été. Pour ne parler que du coté Nunavut, les trois semaines passées avec Maya Bathia et ses collègues autour du Jones Sound n'ont été que beau temps, débâcle autour de Grise Fiord, manips à la dérive devant de majestueux fronts de glaciers et même camping ! Avec Andrew Hamilton et Gabriel Joyal les trois semaines suivantes nous sommes montés vers le nord, le froid et les brumes. Avons dû nous abriter d'un coup de vent, filer vent arrière par forte houle, faire demi tour dans cette baie Talbot, objectif principal de la mission pour blocus de glace... Nous y avons même cassé le bras du si précieux sondeur multi-faisceaux à cause de trop de chocs inévitables. Mais nous y sommes retournés et avec patience, sommes parvenus à faire le travail prévu à force de tours et de détours dans le labyrinthe embrumé, et à larguer un mouillage océanographique (chapelet d'instruments flottants dans la colonne d'eau) qu'Andrew tentait de réaliser depuis 4 ans sans succès ! La redescente vers Arctic Bay où Vagabond va hiverner s'est faite pratiquement d'une traite, avec pour carotte la rencontre avec l'Austral, paquebot de la compagnie Ponant, où nous avons donné une conférence. Une vraie escale technique ainsi qu'un moment hors du réel goûtant à un luxe extrême. Et d'autant plus après quelques jours à se nourrir comme on le peut en fonction de la mer, à être tendu ou même à ressentir l'angoisse dans du vent trop fort avec une grand voile coincée haute...

Vie de contrastes... pour résumer le sentiment du moment, vivre sur un voilier dans l'Arctique avec des missions toujours différentes, c'est expérimenter une vie de forts contrastes semée de moments magiques comme de moments vraiment durs. Même en famille, les moments durs soudent et les retours au positif n'en sont que plus forts. Expérimenter la fatigue, la faim et même la peur permet d'apprécier plus encore les moments de beauté et de joie. Tout est exacerbé. Et puis cette vie nous l'avons choisie, la faisons devenir réalité chaque année depuis 20 ans, et rien ne vaut cette liberté. Liberté de profiter de ces territoires qui continuent de nous fasciner en même temps que de nous rendre utiles à la science.


L'Austral

  • Leonie grand piano L Austral
  • Aurore au bout de Croker Bay a bord de L Austral

Au début, Léonie, qui était debout la première, nous a réveillé en tornade : "Y'a L'Austral qui est là !!!". En fait, c'était un autre paquebot, le National Geographic Explorer. Nous avons finalement du patienter jusqu'à 13h30, un zodiac est venu nous chercher. Papa nous avait dit de mettre les habits étanches, et finalement, ça n'a pas mouillé. Une fois sur L'Austral, nous sommes allés à la passerelle où le capitaine, Patrick, nous attendait. Ensuite, Léonie est allée prendre sa douche dans la cabine que nous avait réservée l'équipage, pendant que nous, le capitaine, la docteur et le second allions dans le café au troisième étage (le plus grand). Une fois que nous avions pris une douche à tour de rôle, nous sommes retournés à la passerelle, puis avec le pilote des glaces, nous avons dégusté un goûter de fruits et légumes. Le pilote des glaces m'a ensuite emmené chez la coiffeuse. Elle m'a fait deux petites tresses et des anglaises. Léonie, elle, a eu deux tresses. J'ai retrouvé papa et Gabriel dans un café (pas le 3), ensuite, le commandant, la docteur, le photographe (Philip Plisson), le chef mécanicien, et nous, sommes allés prendre un apéro. Ensuite, nous avons été au restaurant. Il y avait plein de crudités. C'était délicieux. Pendant le film, Léonie et moi, avons fait une visite guidée avec la docteur. On a même été dans les endroits réservés à l'équipage ! Après, nous sommes montés sur la scène, pour répondre à des questions. Enfin, un zodiac nous a ramenés sur VAGABOND, avec un carton de fruits, la soudure du bras du sonar, et un bidon d'huile moteur. C'était une journée extraordinaire, mais VAGABOND c'est chouette aussi !


Talbot Inlet

  • Objectifs campagne Talbot Inlet
  • Depart Andrew pour Resolute

C'est un réel soulagement pour tout l'équipage : l'abri derrière l'île Easter, dans Talbot Inlet, est bon. Nous y restons pendant 2 nuits afin de laisser passer un coup de vent de sud-est. Profitant d'accalmies, nous tentons par le sud de rejoindre Wykeham et Trinity, objets de notre mission. Ces glaciers seraient les deux plus gros producteurs d'icebergs de tout le Canada. C'est l'occasion d'explorer l'étroit et peu profond passage entre les îles Easter et Ellesmere, qui serpente entre deux autres glaciers, plus tranquilles. Superbe, mais à la sortie du passage les glaces nous retiennent et finissent par casser le bras du sonar ! La bathymétrie se poursuit malgré tout avec le sondeur de Vagabond (mono-faisceau).

Nous déjouons les glaces en passant par l'est et parvenons à déployer le mouillage océanographique complet qu'Andrew a cherché à installer dans Talbot Inlet depuis 4 ans, avec le brise-glace Amundsen. Assurément Vagabond peut s'aventurer plus librement dans des eaux non cartographiées, et manœuvrer plus facilement entre les gros icebergs et les plaques de banquise qui encombrent constamment la baie.

Impossible malgré tout d'atteindre les glaciers convoités, mais nous parvenons à prouver qu'il n'existe pas de seuil entre la baie Talbot et le détroit de Narès, il y a donc une grande probabilité pour que des eaux atlantiques viennent lécher les fronts des glaciers Wykeham et Trinity. Il nous faut une dizaine d'heures de navigations dans les glaces pour réaliser deux séries de relevés hydrographiques (transects CTD), nord-sud et est-ouest. Pour Andrew, l'essentiel est fait.

Tout est si calme qu'on entend le souffle de l'ours. Rencontré une heure auparavant, sorti de la brume, il nous retrouve de l'autre côté de la grande plaque de glace, tandis que Vagabond est à l'arrêt pendant la pause repas. L'ours est très proche, juste un petit bras d'eau nous sépare, nous nous observons longuement. Le lendemain, au mouillage dans la baie Cadogan, je surprends un ours nageant vers Vagabond. Il fini par faire demi-tour et retourne vers la berge. Ces rencontres sont toujours aussi fascinantes.

Andrew doit rejoindre sa famille au plus vite mais la météo n'est pas favorable et le Twin Otter (petit avion tout terrain) ne peut malheureusement pas le récupérer près du cap Isabella. Alors, avant de filer vers le sud, il savoure avec nous les très belles conditions pour faire une série de CTD dans le fjord Cadogan, qui héberge sans doute le glacier le plus épais du Canada.

Deux jours de navigation tonique, sans escale, jusqu'à Dundas Harbour au sud de l'île Devon, et Andrew est finalement récupéré par un Twin Otter, moins de 2h après notre arrivée.

Nous apprenons alors que des débris d'une fusée russe sont tombés exactement sur notre route, quelques heures après notre passage !